Quelques mots de la gestion des connaissances

 

 

Un didacticiel est une forme première et simple de recueil et gestion des connaissances. Le projet Ramcesh, présenté dans ce même portail va plus loin, et cherche à rendre la connaissance réactive. Nous donnons ci-après quelques éléments.

 

La gestion des connaissances :

1. Définition :

 

La gestion des connaissances (en anglais Knowledge Management) -ou ingénierie des connaissances- est l’ensemble des méthodes et techniques permettant de percevoir, d’identifier, d’analyser, d’organiser, de mémoriser, et de partager des connaissances entre les membres des organisations.

Les acteurs de l’organisation ne doivent pas se limiter à la consommation d’informations brutes. Ils doivent veiller aux usages des informations, ce qui signifie interprétation, structuration, capitalisation, et partage des connaissances.

 

2. Le processus de capitalisation et partage des connaissances :

Les auteurs [Nonaka et Takeuchi, 1995] proposent de diviser la connaissance en deux catégories : la connaissance tacite et la connaissance explicite.

La connaissance tacite est définie comme étant une connaissance enracinée dans l’action, dans les routines, dans un contexte spécifique. Elle correspond à la connaissance obtenue à travers l’expérience (les compétences par exemple), à la connaissance simultanée (liée à la situation immédiate) et à la connaissance analogue (aptitude physique).

La connaissance explicite est la connaissance codifiée, transmissible dans un langage formel et systémique. Elle correspond à la connaissance rationnelle (dans l’esprit), à la connaissance séquentielle (réaction par rapport à la situation immédiate) et à la connaissance codifiée (production électronique).

[Ermine, 2001] propose un processus de capitalisation et de partage des connaissances, inspiré par le carré de Nonaka, une théorie qui a fortement influencé toutes les recherches et les approches de gestion des connaissances actuelles.

Selon la théorie de Nonaka, il existe 4 modes de conversion entre les connaissances tacites et explicites :

La socialisation, du savoir tacite au savoir tacite (le partage sur le lieu de travail, l’apprentissage).

L’externalisation, du savoir tacite au savoir explicite (métaphores, concepts, hypothèses, modèles, analogies).

La combinaison des savoirs explicites.

L’intériorisation, du savoir explicite au savoir tacite, où les connaissances explicites diffusées dans l’organisation sont assimilées par les individus qui s’enrichissent ainsi de nouvelles connaissances.

Ermine, en reprenant cette théorie, décrit le processus de capitalisation et partage de connaissances, qu’on nomme parfois « cycle vertueux de la connaissance », et qui est résumé dans la figure suivante :

 

Figure 1. Le Processus de capitalisation et partage des connaissances

Le processus de transfert des connaissances peut s’effectuer de 2 manières :

Un transfert direct par socialisation : Il s’agit d’une communication des savoirs qui s’effectue sans explicitation. L’archétype de ce genre de processus est le compagnonnage, où l’apprentissage se fait par contact direct avec l’expert, par observation, par « imprégnation ». C’est une solution idéale au partage des connaissances. Malheureusement, elle est de moins en moins envisageable, de par son coût, et la difficulté croissante de mise en place (indisponibilité des experts, augmentation de l’échelle de transfert  à de nombreux individus, turn over, ...etc.).

Un partage indirect, qui peut être une alternative partielle au transfert direct. Ce processus se décompose en trois sous-processus.

Le premier sous processus est l’explicitation. Il consiste à faire émerger une partie du savoir tacite (collectif ou individuel) sous une forme informationnelle visible. L’explicitation de ces connaissances ne peut jamais être complète, car elle sera toujours limitée par la « barrière du tacite ». Mais un grand nombre de méthodes et d’outils sont déjà disponibles pour cette tâche. Un premier type d’approche relève de la transcription des connaissances (exemples : la mise en place de systèmes qualité où on écrit ce qu’on doit faire, fiches de retour d'expérience,…). Un second type d’approche relève de la modélisation des connaissances, une démarche qui peut être assez lourde à mettre en œuvre, mais très puissante par rapport à la simple transcription.

Le second sous-processus est celui de la mise en partage. Il est clair qu'une explicitation de connaissances tacites n'a d'intérêt que si la connaissance est partagée par les personnes concernées au sein de l'organisation. Les technologies de l'information (notamment l’intranet) sont un moyen puissant de mise en partage, avec des gains importants pour le patrimoine collectif, mais ce n'est pas une condition suffisante. Une politique de communication doit accompagner ce changement profond pour expliquer le pourquoi du partage des connaissances, et des procédures adéquates doivent  organiser le processus de partage.

Le troisième sous-processus est celui d’appropriation. Il faut que les personnes se recréent, à partir des connaissances explicites partagées, leurs propres connaissances tacites qui leur serviront de manière spécifique dans leur travail. C’est la garantie que cette appropriation est effectuée qui permet de garantir en final le bon fonctionnement du cycle (indirect) de la connaissance. Une connaissance explicitée ne vaut rien si elle n’est pas partagée, une connaissance partagée ne vaut rien si les personnes ne se l’approprient pas.

 

Le professeur qui écrit un cours complète ces processus par le choix pertinent d’éléments déjà explicités, pour les présenter de façon cohérente, en enchaînement. Il y a une logique de démonstration qui sous-tend son cours.

 

3. Exemples de réalisations 

3.1. Projet DIDACTU :

 

DIDACTU est un pas vers une gestion de la connaissance sur les tunnels. En effet, il s'agit d’un outil pour la transmission de la connaissance, un enseignement sur le réseau Internet. En d’autres termes, DIDACTU est un logiciel interactif destiné à l’enseignement en ligne, et pouvant inclure un contrôle des connaissances. Il est destiné à tous ceux qui participeront à la réalisation d’un tunnel. L’outil n’a pas l’ambition d’être un expert, mais un compagnon bienveillant pour aider à comprendre toutes les étapes de conception, d’adjudication, de réalisation, de réception de l’ouvrage, dans les meilleures conditions possibles.

L’arborescence de DIDACTU introduit de fait connaissances et méta-connaissances. La méta-connaissance étant la connaissance sur la connaissance. Par exemple, savoir que telle connaissance existe à tel endroit, est de la méta-connaissance. DIDACTU apparaît comme une façon de stocker et de retrouver la connaissance suivant quelques principes pédagogiques, traduits dans la navigation proposée. [Faure et al, 2004]

 

A l’heure actuelle, les chapitres qui sont construits dans DIDACTU sont représentés dans la figue suivante :

 

Figure 2. Les chapitres de DIDACTU

 

L’approche utilisée pour construire le DIDACTU est similaire à celle du professeur qui souhaite faire un cours le plus complet possible à ses élèves. Pour ce faire, le professeur recherche les différentes sources d’informations qui seraient aptes à répondre à son besoin. Certaines de ses sources pourraient être redondantes ou plus ou moins adaptées à ce qu’il souhaite enseigner. Son approche consiste alors, à identifier les documents les plus pertinents et de les rassembler afin de constituer un cours qui engloberait toutes les notions dont l’élève a besoin pour bien comprendre et assimiler ses leçons.

 

La réalisation de DIDACTU, suit cette même approche, que nous retrouvons aussi dans le processus de transfert indirect de connaissance, utilisé par Ermine dans son livre de connaissances. En effet, DIDACTU, cherche à faire émerger une partie du savoir par une mise en ligne sur Internet, à partager les connaissances que l’on a retenu et enfin, à s’approprier ces connaissances pour se créer ses propres connaissances.

 

DIDACTU est le premier outil orienté vers la formation continuée, pouvant rendre de nombreux services au projeteur, par ses rappels des connaissances et la mise en ligne d’un nombre important d’outils de calcul et de dimensionnement. Néanmoins, il présente un gros inconvénient, il est statique du fait qu’il n’a pas de formalisme fort  permettant une réaction entre toutes les informations utiles.

 

 

3.2. Projet Ramcesh :

 

Dans le domaine de la géotechnique, la masse de documents est très importante : livres, congrès, documents électroniques,….etc, et très redondante.

Nous ne pouvons plus utiliser uniquement un DIDACTICIEL, car il ne répond pas au besoin de recherche dans un contexte donné. Un transfert nouveau des connaissances est à inventer.

 

Comment peut-on faire mieux, c'est-à-dire, manier la connaissance en faisant que seule la connaissance utile à un projet de tunnel donné soit présentée. Le contexte définit alors la connaissance utile. Le projet RAMCESH (Recueil Assisté et Maniement de la Connaissance des Espaces Souterrains Habités), plus ambitieux, vise à répondre à cette question avec pour objectif : contrôler automatiquement la cohérence d’un projet et sa conformité aux règles de bases de connaissances évolutives. [Faure et al, 2006]

 

Les points forts du projet RAMCESH sont les suivants :

-          Restructurer la connaissance d’un domaine sous forme d’éléments.

-          Créer un formalisme informatique performant (éléments de la base de connaissance).

-          Retrouver facilement toute la connaissance d’un contexte.

 

 

Le transfert des connaissances, se fait dans RAMCESH, par un transfert direct (par socialisation). En effet, la mise en forme des savoirs se fait sans explicitations et permet une élimination de la redondance des textes.

            La connaissance est alors organisée en connaissance statique (les concepts classés dans une ontologie) et connaissance dynamique (les relations entre concepts décrites dans une entité appelée Granule de Connaissances).

«La connaissance est exprimée par des mots, ainsi la représentation des connaissances est exprimée par des mots » [Sowa, 2000].  Les mots sont ambigus, ainsi nous devons les exprimer avec des définitions afin de résoudre leurs ambiguïtés.

Un mot et sa définition constituent un «concept ».

L’identification de ces concepts est faite par le traitement automatique de la langue sur les textes choisis.

Les concepts sont placés par un expert du domaine, dans un arbre qui vérifie les relations de subsomption « est un ».

Une autre relation qui pourrait nous intéresser est la relation de voisinage  « un concept est proche de ».

En plus de ces relations, le formalisme retenu pour la représentation des connaissances est le granule de connaissances, qui permet de définir différentes relations internes. Notamment de la forme déductive « Si (Condition1 et Condition2……) Alors (Conséquence) ».

Le travail de recherche effectué en collaboration avec l’université de LYON3 (Thèse de Nicolas Faure), a permis de répondre à la question de contextualisation du langage, de définir le formalisme de granule de connaissances et d’introduire une ontologie support pour le glissement sémantique, autrement dit, pratique de la « redéfinition des mots » qui consiste à dissocier le mot (le signifiant), de son sens (le signifié) et à lui affecter un nouveau sens (dans notre cas, en entend dire par « mot », un granule de connaissances).

Les travaux qui ont été réalisés en pratique ont permis de construire des outils de maniement de listes et d’arborescence, ainsi qu’une interface conviviale pour la mise en forme des granules.

A l’heure actuelle, le projet RAMCESH a permis de définir une première arborescence fondée sur la subsomption comportant environ 5000 Concepts, de construire des outils de maniement de listes et d’arborescence, ainsi qu’une interface conviviale pour la mise en forme des granules (le site a été développé par la Société GEOCIEL)  {Faure et al,2007]

La mise en œuvre est en cours. Elle doit se faire par les experts du domaine et un expert ontologique. Elle constitue un gros travail, étant donné qu’elle est itérative et consiste à :

Choisir les textes pour élargir l’ontologie.

Rechercher des fragments de texte, qui feront des granules.

Transférer les textes dans la base.

Et enfin, utiliser cette base de connaissance.

 

4. Références bibliographiques :

 

Ermine JL. Extraction des connaissances et apprentissage, Hermès, n°1-2, 2001, pp. 17-20

Nonaka Takeuchi. The Knowledge-Creating Company. How Japanese Companies Create the Dynamics of Invitation. Oxford University Press, 1995.

Faure R.M., Thimus J.F. Contribution of on line tools on Internet for the teaching of slopes and tunnels stability, EurEnGeo 2004, First European  IAEG Conference, Liège, pp. 59-69

Faure R.M., Faure N., Hémond G., The use of Knowledge Management in the management of tunnels and tunnel projects. ITA-AITES World Tunnel Congress, Séoul, 2005.

Faure R.M., Faure N., Hémond G., Le projet RAMCESH et son application aux tunnels. Revue Tunnels et Ouvrages Souterrains, n°203, septembre 2007